HISTOIRE

Naissance de la Capoeira

Il est très difficile de décrire en détail la genèse de cet art martial puisqu’il est né dans la clandestinité et donc n’a laissé quasiment aucuns documents pour raconter son histoire.

Certains voient la capoeira comme totalement africaine car tout ce qui la constitue existe, ou aurait existé, sous une certaine forme en Afrique. D’autres pensent qu’elle est totalement brésilienne puisque née sur le territoire du Brésil bien qu’ayant pour créateurs des esclaves venant d’Afrique.

Cependant la version la plus communément admise est qu’elle est inextricablement afro-brésilienne : pendant l’esclavage au Brésil dès le XVIème siècle, les portugais ont séparés et mélangés différentes tribus africaines pour diminuer les risques de révoltes, différentes populations se seraient retrouvés en contact et de ce regroupement hétéroclite serait né la première forme de capoeira, association de luttes et traditions africaines dans un contexte de société coloniale portugaise au Brésil.

La capoeira exprimerait une forme de rébellion contre la société esclavagiste, les premiers capoeiristes s’entrainaient à lutter en cachant leur art martial sous l’apparence d’un jeu ; ainsi quand les maîtres approchaient, le caractère martial était déguisé par la musique et les chants, le combat se transformait promptement en une sorte de danse qui trompait leur méfiance et leur empêchaient de voir caractère belliqueux de la capoeira.

Elle aurait été aussi pratiquée dans les « quilombos », refuges secrets d’esclaves en fuite pour échapper à leur tortionnaires. Le plus connu, « O Quilombos dos Palmares » a tenu plus d’un siècle et a fait l’objet de nombreux chants et son représentant le plus célèbre, Zumbi Dos Palmares est une des figures de la résistance des esclaves africains.

La capoeira traduirait également une forme de langage corporel : les premiers esclaves parlant différentes langues l’auraient créé également comme une sorte vecteur de communication entre les différentes cultures. Ce sont les explications les plus souvent émises, de nombreux historiens ont cherchés à expliquer les circonstances de la naissance de la capoeira mais il semble impossible de le faire d’une manière formelle et tangible.

De mieux en mieux connue et définie au cours de l’histoire du Brésil, elle survivra jusqu’à l’indépendance du Brésil en 1822 et l’abolition officielle de l’esclavage en 1888 mais elle reste tout de même mal vue par l’autorité qui la considère comme dangereuse et l’interdit en créant dès 1890 un délit punissant ceux qui se rendent coupable de capoeiragem : la pratique de la capoeira. pratiquée notamment par les brigands et malfrats en tout genre, réunis en bandes rivales appelés maltas de capoeira, la capoeira se pratiquait clandestinement dans la rue et les « capoeiristas » ou « Capoeira » causaient des désordres car ils l’utilisèrent régulièrement pour régler leurs comptes dans des affrontements sanglants.

La Capoeira Regional

Dans les années 1930, Manuel dos Reis Machado plus connu comme Mestre Bimba fonde la première école de capoeira qu’il appelle le « Centro de Cultura Fisica e Capoeira Regional » à Salvador de Bahia et créé le style de capoeira que l’on nomme « Capoeira Regional ». Ce fait est singulier car à l’époque la capoeira ne s’apprend que dans la rue et dans le vif, s’entrainer à la capoeira dans une salle avec des entrainements codifiés (dont notamment les fameuses huit séquences de Mestre Bimba) était nouveau et préfigure des multiples académies qui vont se créer par la suite.

La Capoeira regional se distingue de la capoeira traditionnelle car Mestre Bimba y intègrera des éléments de « Batuque », une lutte africaine que pratiquait son père, et d’autres éléments venus d’arts martiaux étrangers pour en faire une lutte différente de la capoeira traditionnelle.

Un de ses souhaits est aussi de nettoyer l’image de la capoeira en la dissociant du banditisme et des problèmes de délinquance de la société brésilienne de l’époque. Pour cela, il n’accepte dans son académie que des individus pouvant certifier d’un travail honnête : ainsi la première génération d’élèves se trouvent être majoritairement des jeunes blancs aisés et de bonne famille ce qui à l’époque était une forme de respectabilité.

En 1952 il réussi à attirer l’attention du président brésilien de l’époque, Getulio Vargas, et fera une démonstration à la suite de laquelle le président affirmera que la capoeira est le « véritable sport national ». C’est un des évènements qui permettra à la capoeira de sortir de sa clandestinité et de s’affirmer de nos jours comme la seconde activité sportive la plus pratiquée par les brésiliens après le football.

La Capoeira Angola

Totalement à contre-pied de Mestre Bimba, Vicente Ferreira Pastinha plus connu comme Mestre Pastinha incarnera le courant qui souhaite conserver dans une certaine mesure la capoeira traditionnelle, elle s’appellera « Capoeira Angola ».

Alors que certains praticiens de Bahia utilisent leurs connaissances de la capoeira pour se battre, les éléments de la Capoeira Angola peuvent être pratiquées sans uniquement dépendre d’éléments martiaux.

Depuis l’ascension de la Capoeira Regional comme pratiquée par le groupe Senzala à Rio de Janeiro (le nom vient de l’école de Mestre Bimba laquelle enseignait originellement ce qui était appelé la « luta regional baiana » ou le « Lute de la région bainaise »), la popularité de la Capoeira Angola déclina face à un style plus tape-à-l’œil et martial. En apparence seulement peu de pensées étaient tournées vers les racines du Groupe Senzala, style de Capoeira Regional qui devint populaire loin des racines Capoeiristes du Nord-Est de Bahia. Il était assumé par beaucoup, inclus certains maîtres Angoleiro, que le style Angola devenu dépassé, devenait une note historique.

A la fin des années 70, de nombreux joueurs de Capoeira Regional commencèrent à rechercher les vieux maîtres d’Angola afin de se connecter et comprendre les racines du jeu. La Capoeira Angola expérimentait enfin une renaissance qui impliquait une ré-évaluation de la forme traditionnelle de la Capoeira. Cette renaissance peut aussi être dut au fait que la Capoeira commença à être jouée à l’extérieur du Brésil, où un plus grand nombre de capoeiristas devinrent intéressés par la Capoeira Angola (Les préjugés de la plus part des brésiliens contre les éléments de leur culture provenant d’Afrique, spécialement ces choses ayant une relation avec la tradition africaine, pouvait partiellement expliquer pourquoi les étrangers pouvaient avoir plus d’intérêt pour la forme traditionnelle de l’art que les pratiquants brésiliens).

C’est avec peine que certains sentent que la Capoeira Angola elle-même a changé de ce quelle était il y a 100 ans. Elle est mieux organisée, et le style de jeu, quoique distinct de celui de la Capoeira Regional, est devenu très technique à certains endroits. C’est le résultat naturel du fait d’avoir des académies de capoeira (en portugais, le mot « académie » signifie « lieu d’exercice »), et classes pour la Capoeira Angola, où les entraînements se déroulent.